Casserole, fiole de parfum, frigidaire, seins, tire-bouchons, chocolat, boîte de conserve, lèvres pulpeuses, talons hauts, main, aspirateur, viandes hachée… Il serait très fort probable de percevoir ce genre de séquence en tournant rapidement les pages d’un magazine ou en roulant oisivement sa souris sur un fil d’actualité sur internet. Par ailleurs, ce kaléidoscope d’images serait très certainement ponctué par toutes sortes d’étiquettes : Nouveau ! Promotion ! Deux pour le prix d’un ! Gagnez ! Visitez ! Essayez ! Offre !…
A quoi rime cet amalgame de corps et d’objets assaisonnés à des chiffres de prix ? A bien y songer, pour un « œil sauvage », ce spectacle ne serait pas bien loin de l’étrange esthétique que Lautréamont a si pertinemment décliné dans sa célèbre formule : « Beau comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection ». Mais dans ce spectacle, la promiscuité de ces choses hétérogènes arrangés dans un concert savamment composé de couleurs et de messages a bien d’autres fins que le rêve surréaliste. Loin de la poésie, ici en particulier une certaine image de la femme est exploitée à des buts purement mercantiles. Son corps est transformé ainsi en un produit, voire un support, et à force d’être stéréotypé il en sort dépouillé de sa véritable identité singulière.
Le discours de ces images publicitaires fait entremêler les désirs. On fait miroiter au regardeur les signes de la luxure et des plaisirs charnels qui, du reste, sont annexés à des produits de consommation. Au final le tour est joué : l’envie se déguise en besoin.



